Même dans le domaine de l’informatique, les entreprises ont réduit fortement leurs budgets de formation. Du coup, ce sont les professionnels qui doivent financer eux-mêmes leurs cours dont la durée a fondu. Et surtout réactualiser la certification de leurs connaissances.
Les entreprises économisent tous azimuts. Et ce sont dans les budgets de la formation et de la publicité qu’il est le plus facile de rogner sans que les effets à court terme soient trop visibles. Mais dans un secteur en pleine évolution comme l’informatique, cela risque de causer des préjudices à plus longue échéance. La durée des cours fond car les entreprises ont énormément de peine à libérer des candidats pour des périodes s’étalant de 50 à 60 jours comme c’était le cas précédemment. «Si cela continue, on formera bientôt des chirurgiens en trois mois» s’insurge Jean-Benoit Fontaine, directeur de l’Iseig (Institut suisse d’enseignement de l’informatique de gestion), de Lausanne.
Constante remise en cause des acquis
La réduction des budgets et de la durée des formations oblige les instituts à s’adapter pour continuer à offrir des filières attrayantes et qui répondent aux exigences des entreprises et aux besoins des professionnels de l’informatique. Pour ceux-ci, l’acquisition permanente de nouvelles connaissances est donc devenue impérative s’ils entendent rester dans le coup.
Au niveau technique, les changements sont constants et on ne peut pas se reposer sur ses lauriers. «Même si ces programmes sont d’abord intuitifs et conviviaux, tout un apprentissage est nécessaire pour savoir les utiliser. Ils comportent en particulier des outils de gestion de contenu et de collaboration qui se sont énormément améliorés par rapport à ce que l’on possédait jusqu’ici»souligne pour l’exemple Jean-Benoit Fontaine.
Valider ses connaissances en ligne
La certification régulière du savoir est en vogue dans un nombre croissant de professions. Une tendance forte sur le plan international et à laquelle le système de certification helvétique (brevets et diplômes fédéraux) est encore totalement hermétique. «Dans les administrations publiques, il suffit d’avoir un titre fédéral en poche pour grimper dans les échelles de salaires» reconnaît Jean-Benoit Fontaine. Aujourd’hui autonome et volant de ses propres ailes, l’Iseig - école issue d’un programme d’impulsion de la Confédération pour palier le manque de professionnels dans cette discipline – a également dû s’adapter à la nouvelle donne.
Les exigences de l’emploi dans les entreprises d’envergure internationale requièrent des candidats qui fassent valider régulièrement leurs connaissances professionnelles. C’est le principe qui prévaut à ce que certains appellent de tous leurs vœux: rester dans le bain nécessite d’apprendre quelque chose de nouveau tout au long de sa vie. «Un titre obtenu voici dix à quinze ans n’est plus d’aucune valeur aujourd’hui dans un CV» constate Jean-Benoit Fontaine.
Plusieurs organisations professionnelles internationales ont déjà mis en place des procédures qui attestent que les spécialistes sont toujours en mesure de répondre aux récents défis de leurs métiers respectifs. Et des plate-formes informatiques de validation des connaissances ont ainsi vu le jour sur Internet pour permettre aux gens de faire certifier leur savoir. Deux d’entre elles sont très connues, à savoir Prometric et Vue. C’est pour accompagner ses candidats que l’Iseig a investi dans cette voie. Et elle a acquis le statut de centre de test pour la Suisse du dispositif Vue.
Une tendance qui s’étend à tous les métiers
Pour être certain que les candidats ne trichent pas et que ce sont véritablement eux qui passent les examens, la surveillance est très sévère, une caméra les filmant en permanence. Les contrôles sont tout aussi stricts de la part de l’organisme intra-muros qui propose de telles certifications. Celles-ci ont surtout débuté dans le secteur de l’informatique parce que les candidats, compte tenu de leurs prédispositions naturelles, sont prêts à affronter de tels systèmes d’examination à distance. Mais d’autres organisations professionnelles internationales ont rejoint le mouvement, par exemple en ce qui concerne les analystes financiers spécialisés dans les placements alternatifs (test Caia, abréviation de Chartered Alternative Investment Analyst Association).
Comme pour tout métier, dès qu’un professionnel veut obtenir une reconnaissance de ses acquis, de son expérience et de son savoir-faire, seules de telles certifications permettent d’entrer de plain-pied dans une organisation ou une firme internationale. Elles sont aussi la preuve qu’un candidat applique et exerce réellement ses qualifications professionnelles dans le cadre de son emploi.
Cette intrusion d’Internet dans les procédures d’examination et dans les cours connaît aussi des retombées pratiques très tangibles. Elle permet de diminuer les heures de présentiel, allant dans le sens de l’évolution générale visant à réduire la durée des formations. «On utilise en outre de plus en plus le Web pour distribuer des devoirs à domicile à effectuer et renvoyer avant les cours. On les réceptionne et corrige préalablement, se limitant à en commenter les résultats en classe» précise Jean-Benoit Fontaine.
Adapter les techniques de formation à celles des métiers
Les outils de formation ont aussi fortement évolué dans l’informatique. Il est ainsi possible de simuler un parc informatique complet sur un seul PC. «Pédagogiquement parlant, c’est génial» s’enthousiasme Jean-Benoit Fontaine. Un participant peut ainsi gérer un système entier, qui immobilisait auparavant une équipe de plusieurs ingénieurs. «Aujourd’hui, on demande beaucoup plus de la part des candidats et c’est la raison pour laquelle on manque cruellement d’informaticiens» poursuit-il.
Sous ce titre se cache en effet toute une panoplie de savoirs étendus à des disciplines autrefois éparpillées. L’informaticien doit donc être un généraliste aux multiples spécialisations. Une évolution qui se retrouve tant au niveau du développement que de l’administration des systèmes et des réseaux.






